ADEV BLOG
Human Security in the Sahel:
An Ideal in Crisis.
Written by: Anta Barry
Le paradoxe du Sahel central
Crise multidimensionnelle et échec des approches internationales
Une sécurité humaine compromise par les logiques extérieures
Human Security in the Sahel: An Ideal in Crisis.
Nous faisons face chaque jour à des défis pour garantir notre sécurité et celle de notre environnement. Cette quête de sécurité, tant mentale que physique, implique de nombreux facteurs essentiels au bien-être humain. Bien que l’Homme possède une intelligence supérieure, il reste soumis à diverses formes d’insécurités affectant son équilibre et son environnement. Assurer la sécurité sous toutes ses formes est l’objectif principal de toute société humaine.
C’est dans les années 1990 que le concept de sécurité humaine est apparu dans le champ des relations internationales. Alors que la sécurité était historiquement centrée sur l’État face aux menaces intérieures ou extérieures, l’accent est désormais mis sur la sécurité des personnes. Ce concept englobe les menaces économiques, politiques, environnementales auxquelles sont exposées les sociétés humaines (Erkiner, 2022). Aujourd’hui, il s’étend également aux insécurités alimentaire, sanitaire, des personnes et communautaires.
Les ONG et les organisations de la société civile, souvent perçues comme plus légitimes, contribuent à délégitimer davantage les États. Cette perception renforce la méfiance des populations envers leurs gouvernements. La rhétorique d’urgence, axée sur des priorités jugées plus pressantes au détriment de la résolution des causes des problèmes entrave la sécurité humaine dans les pays du Sahel central (Flowd, 2025). Le discours dominant autour du Sahel justifie un interventionnisme constant, marginalisant encore davantage les États dans le processus de résolution de cette polycrise. Bencherif et Ricard (2024), notent que le discours produit sur le Sahel produit sert de tremplin à certaines ONG et experts internationaux de capter les bénéfices de la sécurité et du développement. Les politiques et programmes de développement sont souvent des « produits standardisés », ce que Jean-Pierre Olivier de Sardan nomme des « modèles voyageurs », inadaptés aux spécificités locales. Cela compromet encore davantage la sécurité humaine. L’émergence de nouvelles autorités dans la région, opérant un réajustement géopolitique important, complique davantage la situation. La rupture avec certains partenaires traditionnels et la redéfinition des relations avec les institutions internationales et les ONGi rendent l’avenir de la sécurité humaine dans le Sahel central plus incertain que jamais. Finalement, l'imposition d'un modèle de sécurité humaine développé sans tenir compte du contexte local renforce le décalage entre les discours internationaux et les réalités sahéliennes, ainsi que les véritables besoins des communautés comparés à ceux qui sont souvent idéalisés dans les forums internationaux. Tout compte fait, au regard de toutes ces complexités, il est évident que l'ensemble des éléments mentionnés dans cette analyse sont étroitement liés et forment une vision cohérente qui éclaire pleinement la problématique de sécurité humaine au Sahel central. Bien que la sécurité humaine, basée sur le triptyque paix, développement et droits humains, souligne l’importance de la prévention et du rôle central de l’État, les réalités structurelles et conjoncturelles dans le Sahel central en entravent la mise en œuvre. L’héritage colonial, les politiques de développement inadaptées, le système économique mondial inéquitable, les défaillances de gouvernance et les instabilités politiques (dont les nombreux coups d’État militaires) compromettent les efforts en faveur de la sécurité humaine. Le Sahel central traverse une série de crises interdépendantes : politiques, institutionnelles, environnementales, économiques, sociales, alimentaires et culturelles. Cette complexité favorise le recrutement dans les groupes terroristes et amplifie la violence. Au Mali, le déploiement de la MINUSMA et l’implication d’organisations internationales, n’ont pas amélioré la situation. Aujourd’hui encore, les populations subissent toujours diverses formes d’insécurité humaine. Cette situation illustre l’échec de la politique de sécurité humaine promue par l’ONU et les insuffisances de l’approche internationale du développement. L’implication d’acteurs étatiques étrangers, de groupes criminels (trafic de drogue, traite humaine) et de groupes terroristes complique davantage la résolution de cette polycrise. L’intervention d’institutions internationales limite la capacité des pays sahéliens à élaborer leurs propres politiques publiques. Pris entre les besoins de leurs citoyens et les exigences des bailleurs, ces États disposent d'un espace politique restreint. L'espace politique est la marge de manœuvre dont bénéficie un État pour définir, élaborer et appliquer ses stratégies de développement socioéconomiques, politiques et culturelles, y compris la dimension sécurité humaine.      Les dynamiques structurelles qui régissent les rapports de pouvoir au niveau mondial réduisent la capacité décisionnelle de nombreux États. Ceux-ci se trouvent confrontés à une double contrainte : d'une part, ils doivent rendre des comptes par rapport aux accords et traités internationaux qu'ils ont ratifiés, et d'autre part, ils doivent prendre en considération l'influence dominante d'acteurs internationaux avec des intérêts variés et des approches parfois divergentes, tels que les États, les organisations internationales, les entreprises multinationales et les ONG. La cohabitation de cette multitude d'acteurs, qui exercent chacun leur influence, limite bien souvent l'espace politique dont ont besoin les États pour prendre des décisions et agir en faveur de leurs citoyens.    Avant 2020, le Mali illustre parfaitement cette problématique. Le pays éprouvait parfois des difficultés à se procurer certaines armes et équipements de défense à cause de l'intervention des acteurs étatiques internationaux, qui exerçaient leur pouvoir pour limiter son accès à certaines fournitures militaires. Cette quasi-interdiction explique en partie l'incapacité de l'État malien à protéger et à sécuriser sa population. Les Etats du Sahel central, caractérisées par des économies fragiles et soumises aux principes du libre-échange, vivent depuis leur indépendance une situation d'endettement chronique. Cette restriction de leur espace politique a des conséquences néfastes sur leur capacité à garantir une véritable sécurité humaine à leur population. Confrontés à des économies précaires et à un secteur industriel peu développé, ces États doivent souvent choisir entre plusieurs priorités dans des situations où tout semble urgent. De ce fait, au lieu de mettre en place des politiques robustes pour transformer structurellement leurs économies, ils se contentent de mesures temporaires pour faire face à des crises comme la pandémie de Covid ou le conflit entre la Russie et l'Ukraine. L'espace politique joue un rôle crucial dans la détermination des trajectoires politique, économique et sociale d'un pays. Sa restriction a considérablement affaibli les États du Sahel central, qui sont déjà confrontés à leurs propres contradictions, telles qu'une gouvernance déficiente et un manque de justice sociale. Ces contradictions, en agissant comme des amplificateurs de la polycrise dans un cadre politique limité, ont largement affecté la légitimité de ces États aux yeux de leurs citoyens.
Depuis plusieurs années, la région est confrontée à une insécurité croissante liée au terrorisme, enraciné en partie dans les failles des États et nourri par une gouvernance défaillante. À cela s’ajoutent les conséquences des changements climatiques, qui affectent gravement les moyens de subsistance des populations, mettant en péril leur survie et rendant la notion de sécurité humaine quasi obsolète. Bien que la sécurité humaine, basée sur le triptyque paix, développement et droits humains, souligne l’importance de la prévention et du rôle central de l’État, les réalités structurelles et conjoncturelles dans le Sahel central en entravent la mise en œuvre. L’héritage colonial, les politiques de développement inadaptées, le système économique mondial inéquitable, les défaillances de gouvernance et les instabilités politiques (dont les nombreux coups d’État militaires) compromettent les efforts en faveur de la sécurité humaine. Le Sahel central traverse une série de crises interdépendantes : politiques, institutionnelles, environnementales, économiques, sociales, alimentaires et culturelles. Cette complexité favorise le recrutement dans les groupes terroristes et amplifie la violence. Au Mali, le déploiement de la MINUSMA et l’implication d’organisations internationales, n’ont pas amélioré la situation. Aujourd’hui encore, les populations subissent toujours diverses formes d’insécurité humaine. Cette situation illustre l’échec de la politique de sécurité humaine promue par l’ONU et les insuffisances de l’approche internationale du développement. L’implication d’acteurs étatiques étrangers, de groupes criminels (trafic de drogue, traite humaine) et de groupes terroristes complique davantage la résolution de cette polycrise. L’intervention d’institutions internationales limite la capacité des pays sahéliens à élaborer leurs propres politiques publiques. Pris entre les besoins de leurs citoyens et les exigences des bailleurs, ces États disposent d'un espace politique restreint. L'espace politique est la marge de manœuvre dont bénéficie un État pour définir, élaborer et appliquer ses stratégies de développement socioéconomiques, politiques et culturelles, y compris la dimension sécurité humaine. Les dynamiques structurelles qui régissent les rapports de pouvoir au niveau mondial réduisent la capacité décisionnelle de nombreux États. Ceux-ci se trouvent confrontés à une double contrainte : d'une part, ils doivent rendre des comptes par rapport aux accords et traités internationaux qu'ils ont ratifiés, et d'autre part, ils doivent prendre en considération l'influence dominante d'acteurs internationaux avec des intérêts variés et des approches parfois divergentes, tels que les États, les organisations internationales, les entreprises multinationales et les ONG. La cohabitation de cette multitude d'acteurs, qui exercent chacun leur influence, limite bien souvent l'espace politique dont ont besoin les États pour prendre des décisions et agir en faveur de leurs citoyens. Avant 2020, le Mali illustre parfaitement cette problématique. Le pays éprouvait parfois des difficultés à se procurer certaines armes et équipements de défense à cause de l'intervention des acteurs étatiques internationaux, qui exerçaient leur pouvoir pour limiter son accès à certaines fournitures militaires. Cette quasi-interdiction explique en partie l'incapacité de l'État malien à protéger et à sécuriser sa population. Les Etats du Sahel central, caractérisées par des économies fragiles et soumises aux principes du libre-échange, vivent depuis leur indépendance une situation d'endettement chronique. Cette restriction de leur espace politique a des conséquences néfastes sur leur capacité à garantir une véritable sécurité humaine à leur population. Confrontés à des économies précaires et à un secteur industriel peu développé, ces États doivent souvent choisir entre plusieurs priorités dans des situations où tout semble urgent. De ce fait, au lieu de mettre en place des politiques robustes pour transformer structurellement leurs économies, ils se contentent de mesures temporaires pour faire face à des crises comme la pandémie de Covid ou le conflit entre la Russie et l'Ukraine. L'espace politique joue un rôle crucial dans la détermination des trajectoires politique, économique et sociale d'un pays. Sa restriction a considérablement affaibli les États du Sahel central, qui sont déjà confrontés à leurs propres contradictions, telles qu'une gouvernance déficiente et un manque de justice sociale. Ces contradictions, en agissant comme des amplificateurs de la polycrise dans un cadre politique limité, ont largement affecté la légitimité de ces États aux yeux de leurs citoyens.
Le Sahel central, englobant le Mali, le Niger et le Burkina Faso, incarne un paradoxe : riche en ressources naturelles, il illustre à la fois l’échec de la gouvernance locale et l’inadéquation des politiques de développement internationales. Ces politiques sont souvent déconnectées des réalités du terrain. Aussi, ces États peinent à fournir les services sociaux de base à leurs citoyens. Le concept de sécurité humaine se veut une approche holistique et centrée sur l’humain, reconnaissant le droit à la dignité, aux libertés fondamentales et à vivre à l’abri de la pauvreté. Pourtant, dans le Sahel central, cette réalité est contestée. Ces pays subissent encore les séquelles de la colonisation. Afin de renforcer son pouvoir, le colonisateur a démantelé les structures socio-économiques existantes et instrumentalisé les tensions ethniques. Par la suite, les politiques d’ajustement structurel (PAS) ont aggravé la situation : réductions budgétaires, retrait de l’État des secteurs clés comme la santé ou l’éducation, appauvrissement des populations déjà fragilisées par les sécheresses de 1973 et 1984.
Bibliography
1. Bencherif, A., Frowd, P., Goyet, G., Compaoré, N., Jourde, C., & Charbonneau, B. (2025). La polycrise au Sahel : observations, perspectives et actions. Canadian Journal of African Studies / Revue Canadienne Des Études Africaines, 1–15. https://doi.org/10.1080/00083968.2025.2473330
2. Erkiner, H. H., (2021). La Sécurité Humaine Comme Cause Finale De La Société Politique. Galatasaray Ünive_--èèrsitesi Hukuk Fakültesi Dergisi , no.1, 67-117.
3. Raffinot, M. (2024). Jean-Pierre Olivier de Sardan, L’enchevêtrement des crises au Sahel, Niger, Mali, Burkina Faso, Karthala, Collection Disputatio, 2023. Afrique contemporaine, 278(2), 353-360. https://doi.org/10.3917/afco1.278.0353.